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    Conclusions d’une intervention sur le dit « contrôle »

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  • Conclusions d’une intervention sur le dit « contrôle »
  • 31 décembre 2016 par
    Conclusions d’une intervention sur le dit « contrôle »
    Patrick De Neuter


    Si, pour Freud, l’analyse consistait à parler ensemble, et si Lacan parlait du « dialogue analytique », je pense que c’est d’autant plus vrai pour l’analyse de contrôle. Et je pense que si comme l’évoquait samedi Frédéric Vinot l’analyste peut avoir quelque chose du Nebenmensch, le contrôle peut aussi avoir quelque chose du côté du compagnon (au sens de l’accompagnateur lors d’une session de Jazz qui permet au soliste d’exécuter son solo ou encore  au sens de l’employeur-compagnon qui formait les apprentis aux différents métiers du bâtiment faisant leur tour de France en passant d’atelier en atelier ou de chantier en chantier) cet accompagnement ou ce compagnonnage  du « contrôleur » variant suivant l’expérience de son « contrôlé » et en fonction de la difficulté de l’analyse ou de la psychothérapie à laquelle il a à faire évidemment.

    Mais toujours avec cette perspective de permettre à l’analyste en contrôle de trouver son style. Ce qui est fortement facilité lorsque le contrôle n’est pas son analyste et lorsqu’on fait l’expérience d’au moins deux contrôleurs comme c’est prévu dans nos statuts.

    Cette expérience de l’analyse en contrôle est donc, pour moi, un élément essentiel de la formation de l’analyste, après l’analyse personnelle mais loin avant tous les enseignements théoriques qui risquent de rester lettres mortes si ce n’est pas repris, éclairé, approfondi dans ces expériences d’accompagnement de supervision ou plutôt superaudition ou mieux encore de tierce écoute inhérente aux dit contrôles.

     

     

     

    NOTULES SUR LE CONTRÔLE

    Eab, séminaire des membres, janvier 2017

    rlch 

             A l’origine de la psychanalyse, les analystes-débutants allaient parler des difficultés de leurs questions avec un supposé moins débutant qu’eux (le père du petit Hans avec Freud, Freud avec Fliess, Breuer avec Freud). C’est dans un second temps que le contrôle est devenu un lieu qui permettait au contrôleur de contrôler l’aptitude du jeune psychanalyste à pratiquer l’analyse.

    Lacan a conservé cette perspective de contrôle. 

    Dans son texte intitulé « Principe concernant l’accession au titre de psychanalyste dans l’Ecole freudienne de Paris (AME), il écrit que la fonction du jury d’accueil est « de garantir la capacité professionnelle des psychanalystes qui veulent relever de l’Ecole » et que « La décision du jury d’accueil est prise à partir de ce qu’il sait de la pratique effective de l’intéressé. En plus de l’accord de l’analyste didacticien, l’avis du ou des contrôleurs, les témoignages concordants sur la pratique du candidat constitueront les éléments essentiels d’appréciation pour le jury d’accueil »[1]. On est loin de la position laxiste qui est parfois attribuée à Lacan. Cela n’était pas pour lui en contradiction avec le principe de base que, dans la cure, l’analyste ne s’autorise que de lui-même et de quelques autres. Car l’institution psychanalytique doit veiller à ce qu’il n’y ait que des analystes qui s’autorisent[2].

    Dans sa Note Adjointe à l’Acte de fondation[3], Lacan définit le contrôle comme un lieu qui sert à garantir la protection de ceux qui seraient patients. 

    Cette seconde finalité me rappelle le témoignage de deux collègues en contrôle chez Lacan. Au premier, Lacan a reproché d’avoir laissé partir son analysante qui lui avait dit qu’elle allait se jeter dans le canal. Au second, il a déconseillé de prendre en cure une analysante dont ce collègue lui avait parlé des entretiens préliminaires, vu les risques importants de passage à l’acte.

    Plus tard, Lacan vit en outre[4] dans le contrôle le lieu d’une action qui fait surgir, comme dans un éclair, ce qui peut être repéré au-delà de la limite du savoir (Séminaire XX).

    Il lui arrivait aussi d’intervenir de façon positivante, mais nuancée. Safouan rapporte ainsi une intervention de Lacan après la présentation d’un fragment d’analyse : « C’est étonnant, c’est exactement ce que j’aurais fait à votre place ! » Et comme ce rapprochement entre le style du maître et celui de l’élève risquait de trop flatter ce dernier, écrit Safouan, il ajouta : « Je vous le dis parce que cela me pose un problème à moi-même. Je ne vous dis pas grand-chose et pourtant… » La suite de la phrase était, à n’en pas douter : « et pourtant… quelque chose passe ».

             Aujourd’hui, que doivent être principalement les contrôles dans ma perspective  

    Lors de mes différents contrôles et dans mes différentes lectures, j’ai retrouvé les finalités suivantes, parfois contradictoires :

    Il s’agit d’aider le contrôlé/ le contrôlant

    -       A entendre ce qu’il n’aurait pas entendu (ce qui me semble être le plus important).

    -       A trouver sa voie, son style et à éviter les recettes de savoir-faire, lu ou vécu dans sa propre cure (Ce qui est tout aussi important).

    -       Et par conséquent à se déprendre de son rapport au savoir (« L’analyste doit savoir oublier ce qu’il sait »).

    -       Et donc à maintenir cette déprise qui, à la longue, risque de s’émousser.

    -       A savoir occuper une place qui doit rester vide : vide de sa subjectivité, de son fantasme, de ses signifiants. Ce qu’un collègue a formulé comme suit : aider l’analyste en contrôle à repérer ce qui le satisfait dans l’écoute de ses analysants et dans le dire à son contrôleur.

    -       A détecter tout glissement, tout oubli du savoir acquis dans sa propre cure.

    -       A repérer la répétition dans ce qui l’entend, ce qui veut dire, que son écoute est biaisée par ses a priori théoriques ou subjectifs.

    -       A reconnaître ainsi ce qui devrait faire l’objet d’un nouveau passage sur le divan. Autrement dit, il s’agit de repérer avec le contrôlant ses déterminations inconscientes par des signifiants et des objets « a » cause du désir qui viennent parasiter son écoute.

             Cela implique que le contrôleur « se contrôle ». Autrement dit : 

    • Qu’il ne se présente pas comme un modèle à imiter.
    • Qu’il ne dépossède pas l’analyste en contrôle de sa fonction d’analyste pour ce patient-là. 

    Dans cette perspective, le contrôle ne sera pas un contrôle et les supervisions ne seront pas des supervisions mais plutôt des super auditions. De même, une analyse sous contrôle ne sera pas simplement une nouvelle analyse. Et le contrôleur serait un de ces autres auxquels Lacan fait allusion lorsqu’il dit que l’analyste ne s’autorise que de lui-même et de quelques autres. 

    J’ai eu la chance de pouvoir séjourner à Paris 2 jours par semaine pendant 4 ans et puis un jour par semaine pendant plusieurs années. Ce fut l’occasion de suivre plusieurs séminaires et de travailler avec plusieurs contrôleurs parmi lesquels Clavreul, Perrier, Aulagnier, Dolto, Melman et Chaboudez. 

    J’en ai rapidement conclu qu’il n’y avait pas qu’une seule analyse et même pas une seule analyse lacanienne. D’où mon allergie à des jugements comme « Ce n’est pas de l’analyse » ou encore « Un tel n’est pas un analyste ». Je préfère affirmer qu’il s’agit là d’une autre, ou d’une toute autre conception de l’analyse. Une psychanalyse différente voire très différente de la mienne, de celle que ma clinique m’a fait élaborer comme étant mienne. Et je peux critiquer ces autres conceptions mais aussi chercher le bout de vérité, de pertinence qui viendrait enrichir ma propre conception. 

    De ces expériences de contrôle, j’ai aussi conclu qu’il y avait de nombreuses façons de mener des contrôles, certaines étant pour moi plus productives que d’autres. Certaines furent à mon sens franchement stériles.

    Pour ne pas en rester aux écrits et déclarations des uns et des autres, car les analystes ne font pas toujours ce qu’ils disent faire et font parfois ce qu’ils disent ne pas faire, je vais évoquer quelques interventions de des supers auditeurs (ou supair-auditeurs) dont j’ai bénéficié et d’autres qui ne m’ont pas du tout aidé dans ma pratique d’analyste.

    Deux types d’interventions n’ont pas du tout aidé le jeune analyste que j’étais, mais aussi le moins jeune :

    - le silence systématique dit analytique (reproduction du silence de l’analyse),

    -  des jugements comme « Avec un tel, c’est foutu »,

    - ou encore, « Ca n’a rien d’analytique ce que vous me dites-là » condamnation sans appel et sans la moindre indication de ce qui serait analytique.

     

    Par contre, m’ont fortement aidé des interventions

     

    - m’aidant à entendre ce que je n’avais pas entendu,

    - me questionnant sur les raisons de telles ou telles interventions,

    - me suggérant telle ou telle intervention,

    - discutant le diagnostic avec moi ou parfois un bout de savoir théorique,

    - me montrant l’évolution d’une analyse que je pensais stagnante.

     

    Illustrons quelques-unes de ces interventions.

     

    Suggestion d’une intervention

     

    François Perrier, qui avait repéré le peu de liberté d’association de mon analysante, m’a demandé un jour si je lui avais appris à associer librement. Pour lui, il ne suffisait pas d’énoncer la consigne de la libre association. Il y a, disait-il, une propédeutique de l’association libre à reprendre plusieurs fois : dans le début de la cure et ultérieurement si nécessaire. Car l’association libre est tout sauf naturelle. Cela me fait penser à cette fonction de l’analyste qui est de rendre possible que surgisse l’improvisation.

     

    C’est aussi avec lui que j’ai discuté de la prise de notes pendant les séances. Ce à quoi il était très opposé. Il faut faire confiance à votre mémoire, disait-il.

     

    Avec Chaboudez, s’est posé la question de la fin d’une analyse. Sa conviction était qu’il était fréquent qu’il faille terminer la cure par une série de séances en face à face. Et encore qu’il peu être aidant à tel ou tel analysant de décider d’une date de fin des rendez-vous mais en lui demandant de fixer elle/lui-même cette date. Comme j’objectais qu’on avait vivement critiqué Freud d’avoir décidé de la fin de la cure de l’Homme-aux-loups, elle me fit remarquer que tout autre choses était que l’analyste décide de cette date (comme avait fait l’un de mes analystes) et que l’analysant lui-même décide de cette date.

     

    Je vous rappelle encore ce que j’évoquais en commençant, qu’il arrivait à Lacan de déconseiller d’entreprendre une analyse ou de laisser partir une analysante décidée à se suicider.

     

    De son expérience avec Lacan, Safouan rapporte encore ceci en ce qui concerne la théorie précise encore. Il ne s’agissait pas d’apprendre une technique ou une théorie : « Cela ne veut pas dire que concepts et questions théoriques étaient interdits au cours du travail avec lui, mais ils n’étaient instructifs ou n’appelaient une réponse qu’en connexion avec le « matériel » que vous apportiez.

     

     

    Discussion du diagnostic ou parfois un bout de savoir théorique

     

    Devant mon embarras quant à l’hystérie ou la psychose de mon analysante, Melman m’a un jour affirmé qu’en présence d’un tel embarras, Lacan suggérait de choisir la névrose tout en restant attentif à une possible psychose.

     

    Avec Clavreul, j’ai eu une longue discussion à partir de l’évolution étonnante d’une analysante. Lors d’un contrôle, 5 ans auparavant, Aulagnier avait diagnostiqué une psychose. Or, il s’avérait qu’aujourd’hui elle se situait franchement du côté de la névrose. Où était l’erreur de diagnostic ? Clavreul me dit alors sur le ton de la confidence qu’il pensait possible qu’un analysant psychotique puisse se névrotiser au cours d’une cure. Face à ma perplexité, il ajouta, « Il ne faut pas le dire ». Ce qui témoigne à la fois de sa liberté de penser mais aussi du poids de l’aliénation à la doctrine lacanienne à l’Ecole freudienne de Paris

     

    Montrer l’évolution d’une analyse que je pensais stagnante

     

    Alors que je lui parlais de cures qui me semblaient stagner, certaines séances avec Chaboudez ont eu un effet antidépressif très important. Elle me fit voir des progrès que je ne voyais pas. Ce qui eut d’étonnant effets de relance du processus analytique chez mon analysant. Cela ne l’empêchait pas de me faire remarquer des interventions peu adéquates, de pointer des champs que j’aurais pu mieux investiguer ou encore de questionner mon transfert sur tel ou tel analysant.

     

    Conclusions

     

    Si, pour Freud, l’analyse consistait à parler ensemble, et si Lacan parlait du « dialogue analytique », je pense que c’est d’autant plus vrai pour l’analyse de contrôle. Et je pense que si comme l’évoquait samedi Frédéric Vinot l’analyste peut avoir quelque chose du Nebenmensch, le contrôle peut aussi avoir quelque chose du côté du compagnon (au sens de l’accompagnateur lors d’une session de Jazz qui permet au soliste d’exécuter son solo ou encore  au sens de l’employeur-compagnon qui formait les apprentis aux différents métiers du bâtiment faisant leur tour de France en passant d’atelier en atelier ou de chantier en chantier) cet accompagnement ou ce compagnonnage  du « contrôleur » variant suivant l’expérience de son « contrôlé » et en fonction de la difficulté de l’analyse ou de la psychothérapie à laquelle il a à faire évidemment.

     

    Mais toujours avec cette perspective de permettre à l’analyste en contrôle de trouver son style. Ce qui est fortement facilité lorsque le contrôle n’est pas son analyste et lorsqu’on fait l’expérience d’au moins deux contrôleurs comme c’est prévu dans nos statuts.

     

    Cette expérience de l’analyse en contrôle est donc, pour moi, un élément essentiel de la formation de l’analyste, après l’analyse personnelle mais loin avant tous les enseignements théoriques qui risquent de rester lettres mortes si ce n’est pas repris, éclairé, approfondi dans ces expériences d’accompagnement de supervision ou plutôt superaudition des contrôles.

     

    Quelques références pour poursuivre votre réflexion

     

    CLAVREUL J., Interview sur le contrôle, Patio, 1984, 2, Paris, Evel.

    HOFFMAN C. L’Autre du transfert dans la cure et le contrôle. Figures de la psychanalyse, 2010, 20, pp. 117-121.

    LEVAQUE C., L’analyse de contrôle, Séminaire des membres 2016-2017, site Espace analytique de Belgique.

    MC DOUGALL, Interview sur le contrôle, Patio, 1984, 2, Paris Evel.

    RATH C.-D., L’apport de Hélène Deutsch aux questions fondamentales sur l’analyse de contrôle (1927-1935), Figures de la psychanalyse,2010, 20, pp. 107-117.

    SAFOUAN d’2L7NE ---Safouan M., La question des contrôles, Lettres de l’Ecole freudienne, n°16.

    SEDAT J., La place du contrôle dans l’histoire du mouvement psychanalytique, exposé au séminaire des membres d’Espace-France, publié sur le site œdipe.

    STEIN C., Sur la pratique des cures contrôlées, La mort d’Œdipe, Denoël-Gonthier, 1970.

    VANIER A., Contrôler rien, mais tous les jours, Topique, 2008/2, pp. 49-57.

    VANIER A., L’expérience que nous avons à contrôler tous les jours. Figures de la psychanalyse, 2010, 20, pp. 123-138.

     

    Et plus généralement sur la formation

     

    ESPACE ANALYTIQUE DE BELGIQUE : L’enseignement au sein de l’EAB. Site de l’EAB, rubrique institution/Enseignement.

    LACAN J., La formation des analystes, Ecrits, pp. 229-234,295,349-362,435-436 et 494.

    Topique n°1 La formation du psychanalyste,

    Figures de la psychanalyse n°20, La formation de l’analyste, Eres, 2010.

    Topique n°18, Trajets analytiques et Topique n°97, L’Ecoute transmise.

    Figures de la psychanalyse n°20, La formation de l’analyste, Eres, 2010.

     

     

     

     


    [1] Proposition d’octobre 1967. In Annuaire de l’Ecole freudienne de Paris, 1975, p. 17 et 23.

    [2] Note italienne (1973). Autres Ecrits, Seuil, 2001, p. 37.

    [3] Annexe à l’acte de fondation (1964), Ibidem, p. 79 et Autres Ecrits, 2001, p. 235.

     


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    Patrick De Neuter 31 décembre 2016
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    Patrick De Neuter - Psychothérapeute et Psychanalyste
    Rue des Aduatiques 111, 1040 Bruxelles, Belgique

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